9 juin 2011

LE BAISER DE DIEU: présentation par Annick de souzenelle.


LE BAISER DE DIEU: présentation par Annick de souzenelle.










hlybk.pagesperso-orange.fr -Les nombres bibliques ont ­ ils une signification?

Un de mes "topics" est la spiritualité.  Je donne ma lecture du livre de Annick de Souzenelle "le Baiser de Dieu" dans mes articles, sous le libellé "le Baiser de Dieu".




 Ici, je reproduis un texte de Annick de Souzenelle où elle s'exprime sur son livre.



Le souffle de l'hébreu



Au long de décennies passées à interroger le texte biblique et les mystères de sa langue, Annick de Souzenelle a construit une lecture originale et vivante de la tradition hébraïque.
Tout se fonde, dans le travail d'Annick de Souzenelle, sur une lecture pas à pas du texte hébraïque de la Genèse, à travers ses non-dits, ses allusions que seul peut comprendre celui ou celle qui a répudié les promesses illusoires de la traduction : les deux tomes volumineux d'Alliance de feu, réédités récemment, sont le fruit de ce patient cheminement.
Partant d'une intuition profonde de la spiritualité chrétienne originelle, Annick de Souzenelle dégage ce patrimoine universel de sa gangue moralisatrice pour en restituer la vitalité enthousiasmante.
Mettant à portée de tout un chacun la richesse infinie du texte sacré, elle nous donne ainsi à contempler l'amour divin derrière ces mots qu'un « exil existentiel » nous fait parfois lire comme terribles.
Cette démarche, ces « trouvailles » ont réconcilié un large public avec la fréquentation du patrimoine biblique qui, qu'on le veuille ou non, demeure l'un des piliers de la civilisation occidentale : elle en a également débattu passionnément avec Frédéric Lenoir dans L'Alliance oubliée
De la matière de ses commentaires, elle extrait aujourd'hui la quintessence du « message» qu'elle décline selon des thématiques intemporelles : l'exil de Dieu, la liberté, la connaissance, le désir, le mal et la mort, et la renaissance.

Présentation par Annick de Souzenelle.




AUTANT DE SUJETS QUI SONT AU CŒUR DE TOUT SAVOIR SPIRITUEL AUTHENTIQUE.



« Le baiser de Dieu : Ou l'Alliance retrouvée » sera considéré par certains comme un ouvrage de maturité, où les intuitions essentielles se conjoignent, sans esprit de système mais avec une belle harmonie.
« La Torah est un baiser de Dieu ! », proclame-t-elle : par une attention amoureuse à la richesse du verbe hébraïque, elle en restitue tout le souffle.

Le baiser de Dieu ou l'Alliance retrouvée

















- INTRODUCTION -

La Torah est un baiser de Dieu !
De Dieu « Moïse la reçut bouche à bouche », Verbe à verbe ; elle est le Verbe.

Les « petites lettres d'en bas » qui écrivent le Livre sont lourdes des « grandes lettres d'en haut », leur source, mais aussi leur devenir si nous savons les recon­duire à l'origine.
Car c'est à l'Homme qu'il revient d'œuvrer à ces noces que le baiser promettait.
Chaque lettre danse le Verbe qu'elle est ; chaque mot chante le message qu'il délivre si nous nous offrons à lui.

Cette appréhension de la Torah nous est bien étran­gère, à nous Occidentaux, qui scrutons les textes en manipulant des mots figés comme objets de discours ; entre nos mains, ils deviennent des outils de pensée alors qu'ils en sont les maîtres.
En vérité, le mot vient vers nous, comme une icône ; il scrute nos coeurs et les appelle à l'ouverture sur un univers infini.
De cet uni­vers les lettres sont les vibrations, car l'intériorité de l'Homme et la Torah sont sculptées du même ciseau, celui de la voix divine que « voyaient » les Hébreux au pied du Sinaï lorsque Dieu parlait à Moïse.

La Torah n'est écrite que de consonnes, le Verbe ; leur musique est une voyellisation non écrite, un souf­fle, l'Esprit.
L'Esprit est une onde qui voyage à l'in­fini, qu'on ne peut saisir, mais qui saisit les lettres dans une ronde ; et la ronde nous encercle à son tour et fait valser toutes nos certitudes ; elle fait se retour­ner, s'éloigner puis se rassembler les mots qui, sou­dain, prennent une couleur, un sens, mais un sens toujours ouvert sur d'autres horizons.

L'hébreu, plus que toute langue, est propre à chan­ter les récits mythiques qui rendent compte de l'inté­riorité de l'Homme.
Cette intériorité resterait muette si le mythe ne l'exprimait pas.

« Muet » et « mythe » sont liés par la racine de base mu qui rend compte de l'indicible, du mystère.
Der­rière les mots du mythe, en quelque sorte, l'essentiel se tait mais s'inscrit dans un présent rigoureux.
Le mythe se sert des matériaux de langage de l'Homme extérieur pour parler de l'Homme intérieur.
Mais si nos yeux d'Homme en exil de lui-même figent ces matériaux dans leur seule dimension horizontale, il est bien cer­tain qu'ils ne rendront aucunement compte de leurs messages.

C'est ainsi que le mot Bereshit qui ouvre la Torah et dont la Tradition juive assure qu'il la contient tout entière, ce mot est massacré et la Torah l'est aussi s'il est traduit par « au commencement » ; ce « commen­cement », je l'ai souvent dit mais tiens à le répéter, introduit les temps historiques, nos temps d'exil, il y a des milliards d'années, et il nous concerne alors bien peu !
Si nous le traduisons par « dans le Principe », ce Principe est présent en nous ; il est le Noyau fonda­teur de l'être de l'Adam — l'humanité ; nous sommes alors saisis par ce Principe dans notre être le plus pro­fond, dans notre « chair », Bassar, que « Dieu scelle dans les profondeurs de l'autre côté de l'Adam », son côté encore inaccompli, notre côté encore inconnu.

Bassar, que l'on peut aussi traduire par « dans le prince », contracte en un ballet nouveau le mot Bereshit, «dans le Principe» ; prononcé Bosser, il est alors le verbe « informer » : ce Noyau fondateur est Semence de notre être.
Semence qui contient la totale information de notre devenir.
Comme le gland conduit au chêne, ce Bereshit nous conduit à la totalité de nous-mêmes, dont nous n'avons encore aucune idée !
Mais, si nous savons l'entendre, notre véritable His­toire commence : celle qui court en amont de l'exil et qui reste d'une brûlante actualité ; bien que brisée par l'Homme coupé de sa Source, elle continue en effet d'être tissée par les mains divines en sous-jacence de notre malheureuse histoire ; car, du même fil écarlate qui tissait l'histoire d'Israël, l'oeuvre divino-humaine se poursuit.

Cela veut dire que cette « malheureuse histoire » de l'Homme extérieur a aussi sa dimension mythique, et qu'il est de première importance d'apprendre enfin à lire les événements de notre vie personnelle ou collec­tive sur un autre registre que celui de l'existentiel ; l'his­toire devient alors signifiante de l'évolution de l'Homme intérieur à partir de sa Semence : histoire dra­matique lorsque cette Semence est stérilisée et sa dyna­mique stoppée, figée, oubliée au cœur de l'Homme, mais histoire qui peut être somptueuse une fois rac­cordée à sa Source d'où s'accomplira le devenir de l'Homme.
Ces deux thèmes font l'objet de ce livre.

Je suis frappée, par exemple, par le problème capital que posent aujourd'hui pour les pays d'Occident l'im­migration des peuples étrangers et leur intégration à ces « terres d'accueil ».
Nous verrons, au cours de cet ouvrage, que cette question objective l'incapacité que nous avons à intégrer en chacun de nous l'«étranger».

Sur un plan biologique, cet étranger est le « non-soi » (microbe, virus, champignon, etc.).
Nous en avons une peur si obsessionnelle que nous nous en protégeons en multipliant les mesures d'asepsie et de stérilisation qui à la limite sont la mort.
Quant à notre médecine, elle ne sait « traiter » cet étranger organique qu'en le tuant par voie extérieure et en détruisant bien souvent avec lui le milieu environnant, au lieu de renforcer le système immunitaire qui, lui, se chargerait d'intégrer au « soi » le « non-soi » ; le « soi » est en effet capable de se reconnaî­tre porteur du « non-soi» et donc de pouvoir l'assimiler.

Sur un plan sociopolitique, cet étranger est l'homme d'une autre culture, voire d'un autre peuple, et il inspire à certains une peur tout aussi intense.
Nous utilisons à son propos un double langage : celui des discours de surface qui se veulent accueillants au nom de la démocratie ; celui des lois, parfois inhumai­nes, souvent contradictoires, prouvant notre désarroi et notre ignorance de ce que l'humanité est une, et que l'autre est en chacun de nous.
Nous verrons ainsi que le mot hébreu R'a, traduit habituellement par le « mal », alors qu'il est l'« inaccompli », l'inconscient, s'il est prononcé Ré'a est le « prochain ».
«Aime ton prochain parce qu'il est toi-même, comme étant toi-même », pourrions-nous entendre.
Ne devrions-nous pas alors renforcer notre « pouvoir immunitaire » en apprenant à aimer...

Ces deux états de fait, qui relèvent à mon avis d'une même cause, n'introduisent en rien dans mon esprit une confusion entre leurs parties homologues, à savoir le non-soi en microbiologie et l'étranger dans le regis­tre politique ; mais tous deux ont pour similitude leurs rapports respectifs l'un au corps biologique, l'autre au corps social.

D'autre part, si nous nous penchons sur un mythe, le mythe biblique de Noé par exemple, il nous donne à voir que l'humanité, le collectif en situation d'exil, se débat et se noie dans ce que symbolise le Déluge — inconscience, violences, destructions, tragédies..., qui stérilisent la Semence et mènent l'Homme à la mort.
Au cœur de ce drame, le patriarche Noé, homme juste, entend la voix divine et s'extrait du Déluge, que nous verrons être pour lui « matrice d'eau » et non plus tom­beau, afin de construire son « arche », la Tébah en hébreu ; proche du nom de Thèbes, ville sainte chez les Grecs, la Tébah est le nouvel espace intérieur du patriarche, qui sera pour lui « matrice de feu » ; en elle il s'accomplira et deviendra le fruit promis de sa Semence, le fruit de l'Arbre de la Connaissance.
Ce fruit, symbolisé en ce mythe par celui de la vigne, fait de Noé un homme ivre et nu : ivresse, jubilation de la connaissance acquise par le travail accompli dans l'arche ; et nudité, dépouillement des savoirs que le monde lui a fait revêtir.
Il s'avance alors vers sa « ten­te », 'Ohel en hébreu, où il rencontrera son 'Elohim — sans doute symbolise-t-elle une ultime matrice, celle du « crâne ».
La dynamique de croissance de la Semence implique la présence de ces trois matrices en notre corps ; le chapitre final de ce livre le dira.

Dans la tente Noé, devenu Gloire d'Elohim, res­plendit et diffuse une lumière insoutenable aux yeux de ceux qui n'ont pas atteint à cette qualité d'être.
Deux de ses fils, Shem et Yaphet, le suivent ; ils mar­chent à reculons en revoilant leur père.
Mais Ham, le troisième fils, regarde à l'intérieur de la tente où Noé a pénétré ; il voit et, certain de ce qu'il a vu, il va le raconter à ses frères à l'extérieur.

Il y aura toujours dans le monde ces deux démar­ches de connaissance.
Celle de Ham, le voyeur, dont le nom signifie la « chaleur », la « puissance », et qui forge ses concepts, les érige en certitudes qui devien­nent idoles et objets de puissance ; son interprétation du mystère est pour lui vérité et celle-ci, ramenée au niveau des valeurs de l'exil, construit un dogmatisme stérilisant.
Celle de Shem, le « Nom », et de Yaphet, l'« étendue de beauté », qui, eux, savent qu'ils ne savent pas, est apophatique, car c'est par une voie négative — à reculons — qu'ils atteignent à une vérité dont ils savent qu'elle en cache une autre, plus proche de la vérité ultime, cachée, incluse dans le mystère de la tente ; aussi ils cherchent, interrogent, contemplent dans une quête amoureuse portée en eux-mêmes : ils se verticalisent.

Juifs et chrétiens sont un dans le Saint Nom, le Shem.
En lui leurs mystiques embrassent les différents niveaux du Réel dont je parlerai et qui, déployés à la verticale de l'être, sont « beauté », Yaphet— une beauté cachant l'autre, jusqu'à l'ultime splendeur qui les contient toutes.

Nos frères juifs sont gardiens de la Torah, le Verbe ; s'ils avaient reconnu le Christ, ils se seraient hellénisés et auraient perdu l'hébreu, la langue du Verbe.

Peut-être seraient-ils devenus des Ham.
Les chré­tiens ont reconnu le Verbe dans la Personne du Christ ; ils ont perdu l'hébreu.
Beaucoup sont deve­nus des Ham.

La Torah, en ce qui est compris d'elle, est objet d'exclusive propriété et devenue idole pour nombre de juifs.
Pour nombre de chrétiens, c'est la Personne historique du Christ qu'ils vivent ainsi, n'entendant pas ce à quoi elle les renvoie en eux-mêmes.

«Annick nous a volé la Torah», fut-il dit un jour à l'un de mes amis par un écrivain juif.
Et, plus tard, par une auditrice israélienne : «Annick, tu nous as volé notre langue !»
La « voleuse » ne fut pas moins surprise de lire tout récemment, dans un ouvrage écrit par un prêtre chrétien de haute fonction : « On nous demande aujourd'hui d'établir un dialogue (avec les autres traditions), mais comment agir sans faire de prosélytisme puisque nous avons la vérité ? »

Confiant à un journaliste chrétien cette anecdote et la profonde tristesse que j'en avais, cet homme, étonné de ma réaction et voulant sans doute justifier le prêtre, me dit :
« Mais, Annick, les chrétiens ont le Christ.
- Pardon, lui dis-je, ils ont le Christ ? »

Perplexe, le journaliste referma son cahier de notes et me quitta.

Le Christ et la Torah, réduits aux normes de l'avoir, sont livrés aux mains du séparateur, le dia­bolos, qui nous fait jouer les Ham en proie à des rap­ports de force si destructeurs.

Vécus au niveau de l'être par chacun des mystiques de ces deux traditions, le Christ et la Torah amène­ront juifs et chrétiens à plonger au cœur d'eux-mêmes où le Saint Nom les attend dans un espace infini où le temps n'est plus.
Un en « Je Suis », YHWH, ils savent, pour les premiers que la Torah se danse et se chante sur soixante-dix octaves dont chacune s'efface devant la plus grande profondeur de l'autre ; pour les seconds, que la Personne historique du Christ se retire pour que « l'Esprit-Saint vienne qui leur enseignera toute chose » et les introduira peu a peu dans les soixante-dix « vergers » du Pardès ; soixante-dix contractés en quatre niveaux selon les quatre lettres du Pardès, dont le dernier, le Sod, est le « secret ».
Dans le secret qui, au départ, est la Semence divine, un seul arbre grandit, dont le fruit est le Shem, YHWH.

Le Rabbi Dov Baer, un grand saint du XVIIIe siècle, hassid bien connu sous le nom du Maggid de Meze-ritz, dit ceci :
« Noé et les patriarches ont eu la révélation de la Torah dans son essence, dans sa nudité, sans la robe de la loi dans laquelle elle se présente et s'adapte au monde et qui, pour cette raison, la rend changeante et relative.
Au temps de Noé et des patriarches, l'essence de la Torah était encore toute nue ; elle n'était point encore habillée dans les vêtements du monde ; elle ne portait pas encore une robe de juge et n'était pas munie du bâton du gendarme.

Les lois de Moïse forment la gaine protectrice de la Torah dont la lumière originelle est trop forte pour le monde ; elle risque de l'aveugler et de le brûler.

Mais la Tradition nous apprend qu'aux temps messianiques, le Saint-Béni-Soit-Il sortira le Soleil de sa gaine, c'est-à-dire que la lumière de la Torah bril­lera de tout son éclat, qu'on pourra la percevoir dans son essence (...) sans revêtements pour le monde et la société, c'est-à-dire sans les lois de Moïse qui sont nécessaires actuellement car sans elles le monde ne pourrait supporter l'éclat naturel de la Torah, qui est trop fort pour la plupart des esprits.»

Mais les temps messianiques approchent.
Nous avons à les préparer, nous, juifs et chrétiens, ensemble, sans exclure bien sûr tous les amoureux de l'Innom­mable sur terre.
Aujourd'hui, les valeurs du monde montées sur le bateau des certitudes font naufrage, tandis que surgissent de nos profondeurs inaliénables celles de la Révélation.

Elles ont une saveur de sel, du sel dont le feu ne se dissout plus dans l'eau mais l'embrase ; il embrase l'eau de l'inconscience du monde et brûle ses vête­ments protecteurs.
Car le Verbe inclus dans la Torah est en train d'accomplir de son feu la dernière part de l'arc-en-ciel qui relie le ciel à la terre.
L'arc-en-ciel établi par Dieu avec Noé est signe de l'Alliance oubliée des hommes mais que Dieu, se sou­venant d'elle, confirme et rend tangible au cœur de leur exil.
Cet arc, comme le fil écarlate, trace l'his­toire des hommes dont nous semblons vivre aujour­d'hui la fin d'un temps ; nous vivons une dernière part du signe de l'Alliance avant que le signe s'efface devant l'Alliance recouvrée.

A cette étape actuelle du tracé, nos frères musul­mans ont eux aussi à intervenir, car de leur père fon­dateur, Ismaël, Dieu dit : « II sera tireur d'arc », Rovéh Qeshet, qualité dont use la ruse divine pour dire d'Ismaël qu'il sera Rov HaQeshet, « maître de l'arc (-en-ciel) », artisan majeur de son redressement en l'Alliance fondatrice.
Artisans de l'Alliance, nos frères musulmans nous obligent à nous réaffirmer, nous, juifs et chrétiens, face au vide de la modernité ; vide qui, s'il était vraiment vide, appellerait la grâce, mais il grouille d'idoles aliénantes !

En ce vide mutilé pénètre aujourd'hui le Saint Nom qui, de l'Epée à deux tranchants, de l'Epée flam­boyante qu'il est, tue les idoles et invite l'Homme à recouvrer ses normes premières.
Elle le conduit à se souvenir qu'il est le signifiant de Dieu par le Verbe, et que le mot est signifiant du Verbe.

« II est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu.
Car le mot c'est le Verbe, et le Verbe, c'est Dieu. »

Victor Hugo, Les Contemplations.

© Annick de Souzenelle









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