24 oct. 2011

La bibliothécaire et la curation.


J'ai aimé sur le blog "zeboute.wordpress.com":


(mon commentaire sur ce blog): 

Je crois que les méthodes sont complémentaires, mais la relation humaine reste essentielle. Il faut conserver l'émerveillement, l'étonnement (philosophique), l'amour (de la lecture, de la vie, de l'existence...)



La bibliothécaire et la curation.

Recherche numérique et humaine, Google et la bibliothécaire

Vous cherchez quelque chose ?
Un roman, sur la condition humaine, oui, du XXeme siècle. Je vous propose Albert Camus, in the text.
Une question, une réponse.
That’s it !
Et par Google, 10 000 réponses.


Faites votre choix, illustration à  l’entrée de la bibliothèque Gungahlin Public Library de Canberra, en Australie.
Et d’une création happening de Neil Gaiman :
« Google peut vous répondre avec 100 000 résultats, un libraire, ou bibliothécaire peut vous donner une seule réponse, et la bonne. »
Parce que la bibliothécaire, ou le libraire comprend son interlocuteur, beaucoup mieux que les millions de données de Google. L’algorithme est froid, la relation est chaude …














On lira donc les nouveaux usages sur internet, certes, loin de la bibliothécaire, mais dans le même registre : la curation, ou la bonne proposition du bon lien numérique ou humain, au bon endroit : Histoire de la curation (voir ci-après)

Définition et histoire de la curation, ou la transmission de la connaissance

La curation est l’aggrégation de textes, de sujets, de curiosités et de les mettre en avant. Dans les bibliothèques, encyclopédies, les musées, les journaux, et maintenant, sur le web !
Ce concept, repris récemment dans le monde numérique et de l’internet, fait référence au conservateur de musée, qui met en avant certaines pièces maitresses, dans une exposition. Sur le net, on met en avant certains articles. Voilà la curation. Trier, présenter, partager, sur un sujet, une passion. La curation, ce n’est pas nouveau. Restons dans le sens , et dans la modernité !
Nous verrons ici que l’aggrégation, le classsement de sources d’information, autour d’un sujet ont traversé nos modes de réflexion. Jusqu’à aujourd’hui, et demain. Une médiologie du classement, du tri.

Le dictionnaire et l’encyclopédie.

La diffusion de l’imprimerie, par Gutenberg, au XVeme siècle a permis de multiplier en abondance les écrits. Petit à petit, les écrits ont pu se propager, se diffuser. Devant l’abondance, relative, de ces écrits, sont nés les objets de référence que sont les dictionnaires, les encyclopédie . Point d’ancrage, point de référence des informations importantes, que chacun peut à loisir consulter. Le dictionnaire aggrège l’ensemble des définitions du langage. L’encyclopédie, plus large, regroupe des thématiques et les explique.
D’un aspect médiologique, la recherche et la proposition d’information réside dans la dichotomie, du dictionnaire. On feuillète les pages jusqu’à trouver le mot qui nous intéresse.

La bibliothécaire.

L’encyclopédie du siècle des lumières avait l’ambition de donner la connaissance au plus grand nombre. L’école républicaine, sous Jules Ferry, procèdait du même objectif.
Devant la profusion de connaissance, et d’objets livresques, est née la bibliothécaire. Dans les rayons des bibliothèques, scolaires ou publiques, l’objectif de la bibliothécaire est de mettre en avant les livres. Par un classement traditionnel [ par ordre alphabétique des noms d'auteurs, par thèmes, par nom d'auteur ].
La difficulté pour ce métier, est de conjuguer les recherches : classer par thème, par nom d’auteur, par titre de l’ouvrage ?
Comment susciter le désir de lire, de trouver son livre ?
En ce sens, l’informatisation des médiathèques a permis de croiser les recherches. Peu importe comment sont stockés les ouvrages, physiquement dans les rayons, la recherche par mots clefs sur l’ordinateur permet de trouver son ouvrage. Le « google Search » ou « google Suggest » avant l’heure.
La vraie « valeur ajoutée » de la bibliothécaire est de mette en avant certains ouvrages. Selon les gouts, l’actualité.
En ce sens, la bibliothécaire est la « curator » moderne du web, bien plus que le conservateur du musée dont on fait référence pour parler des curators sur le web.

Les journaux.

Un journal est un document qui recense par ordre chronologique ou thématique un certain nombre d’événements pour une période donnée (généralement une journée, d’où il tire son nom) [ source Wikipedia ].
Le journal aggrège par définition des informations. La valeur de ces journaux est d’y apporter une analyse, en fonction des convictions des journalistes. En France, Le Monde, Le Figaro, Liberation consolide des informations, et les met en avant, selon les opinions « orientées » politiquement. La valeur de ces journaux, comme la bibliothécaire précédemment évoquée est de mettre en avant certaines informations, certains articles.
On relèvera ici également l’exemple du « Reader Digest », qui n’est pas un journal proprement dit, mais un magazine [ le plus lu aux Etats Unis, et dans une moindre mesure en Europe, et dans plus de 100 pays ]. Créé en 1922, il est une compilation d’articles sur des thématiques diverses. En ce sens, il est l’ancêtre par excellence de la curation sur internet.

Les premiers  journaux de la curation.

Dans le début des années 2000 sont apparus les journaux gratuits. 20 minutes, par exemple.
Ces journaux sont basés sur un modèle économique de publicité. A savoir diffuser gratuitement des informations, sur un support permettant la publicité de masse. Ces journaux aggrégent des dépêches de l’AFP. L’objectif étant le gain financier, peu d’articles de fond,  d’analyse sont proposés. Le format des articles tient en quelques lignes, permettant aux lecteurs pressés [la diffusion est largement faite dans les transports en commun ] de s’informer a-minima.
En ce sens ces journaux se rapprochent plutôt des "content farmer", aggrégeant informations dans un pur but publicitaire ]

La dichotomie exploratoire  sur internet.

Les moteurs de recherche ont été les premiers vecteurs de collecte d’information.
Bien avant l’aggrégation de contenu sur internet, comme aujourd’hui, les premiers outils, initiés par Google ont permis la recherche d’information.
Comme dans le dictionnaire.
Mais là n’est pas la curation, dans le sens, où c’est l’internaute qui recherche l’information, et peu de contenu mis en avant.
D’autre part, ces moteurs robotisés et algorithmés ne sont pas des comme le sont les journalistes, ou les bibliothécaires… Ils rejoignent plutôt la catégorie des dictionnaires fastidieux.

Les portails internet et le web 2.0

L’arrivée du Web 2.0 a permis de franchir une marche dans la proposition de contenu.
Le web 2.0  fournit  une meilleure adéquation de la connectivité, de l’intéraction de l’utilisateur sur le web, par des interfaces améliorées.
Il  a engendré de nouvelles opportunités.
En 2005 est né ainsi netvibes, inaugurant ce qu’on appelle les « portails ». Sur un point unique d’entrée sur le web, on y retrouve pour soi, toutes les informations que l’on souhaite. La météo, les « flux RSS » [ abonnement à un sujet précis ].
Google, Yahoo, tous les grands permettent aujourd’hui à chacun de disposer de sa page de contenu.
Comme pour les moteurs de recherche, l’initiative est d’abord à l’internaute de configurer ses contenus dont il veut disposer.
Wikipedia est LA pierre angulaire sur le web, encyclopédie participative, où chacun contribue en alimentant du contenu. Aujourd’hui, Wikipedia perd de ses contributeurs actifs [ de 90 000 en 2007 à 82 000 contributeurs, selon Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia ]. Serait-ce par ce que les contributeurs se sont détournés vers la « curation », sur d’autres médias de contenu ?

Le concept de curator.

 La définition de la curation est l’aggrégation de contenu sur internet, autour d’un sujet. Cette aggrégation , à la différence des moteurs, robots comme évoqués ci-dessus, a un caractère humain. Comme la bibliothécaire qui trie et met en avant des ouvrages. Ou comme un conservateur de musée qui choisit les pièces à disposer pour une exposition.
Originellement, la définition du mot « curator » se réfère au conservateur du musée.
Paradoxalement, la « conservation » relève du passé, alors que la curation sur internet aggrège plutôt de la nouveauté.
En ce sens, l’image de la bibliothécaire, toujours à l’affut de la nouveauté est plus apppropriée aux usages de la curation sur internet.

Les caractéristiques du « curator » et de la « curation ».

  • 1. Evénementiel, provisoire :
La curation se définit dans un temps court, l’immédiat. Comme le journal [ du mot journée ], les informations collectées sont mises en avant pour un instant. L’usage sur internet, monde du « temps réél » est propice à la curation. Comme le conservateur du musée qui présente des tableaux pour une expositiontemporaire, la curation fournit une collection d’articles toujours provisoire. C’est une exposition, un évènement, un « happening ».
En ce sens, le blog, qui permet de poster des « billets » n’est pas véritablement considéré comme un média de curation
  • 2. La passion humaine et la connaissance :
La vraie force des curators est leur passion pour ce qu’ils présentent. C’est bien la différence entre les robots ou moteurs de recherche qui fournissent des collections d’information. On distingue aussi les curators des « content farmer », qui se contentent de collecter, aggréger des informations dans le seul objectif d’alimenter un site à des fins publicitaires. Le curator a un réel objectif de transmettre sa connaissance.
  • 3. La légitimité :
A l’inverse des institutionnels [ bibliothécaires, chercheurs, journalistes ], chacun peut se révéler curator. Même l’amateur. Pourvu qu’il connaisse un minimum son sujet, ou qu’il soit passionné.
Les nouveaux outils de l’internet  permettent  d’offrir un moyen simple de consolider le contenu, et d’assurer de la visibilité sur le web : on les sites spécialisés : scoop.itpaper.li.
  • 4. Limite de la curation :
la limite de la curation est qu’elle est essentiellement aggrégat de contenu, et non producteur de contenu. Pour faire un parallèle avec une encyclopédie, elle se résume donc à la table des matières, et non dans le contenu du dictionnaire proprement dit.
Le bon « curator » doit donner du sens au contenu qu’il diffuse. Comme la bibliothécaire qui conseille le lecteur.

Le capital de la la connaissance :

L’accélération de la production d’information, et la richesse de la connaissance mettent en exergue le besoin de classer, trier, proposer des contenus à la communauté des hommes.
Nous vivons au pied de véritables tours de Babel de la connaissance : les bibliothèques, les millions de publication  et la masse de contenus sur la sphère numérique. Comment ne pas être englouti ?
La curation est une alternative intéressante. Elle permet continuellement de « recycler » ou de proposer nos connaissances.
La bonne « curation » est celle qui dépoussière la connaissance. Pas des éléments de « buzz », mais des vieux articles, des liens url surrannés  qui nous relient dans la webosphère sur ce qu’il y a de plus précieux : l’intelligence humaine.

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