2 févr. 2011

Une brève histoire de l'avenir: 6) Et la France?

Attali - Une breve histoire de l'avenir (citations)
envoyé par FromDaWu. - Regardez les dernières vidéos d'actu.


Ma lecture du livre de J. Atali: "une brève histoire de l'avenir".


Historique:

  1) Une brève histoire de l'avenir: des origines au capitalisme.
  2) une brève histoire de l'avenir:  La fin de l’Empire Américain.
  3) une brève histoire de l'avenir: Première vague de l’avenir: l’hyper-Empire.
  4) une brève histoire de l’avenir: l’hyper-conflit.
  5) une troisième vague de l’avenir: l’hyper-démocratie.

Cet article:  
 6) Et la France? 

« Aujourd’hui se décide ce que sera le monde en 2050 et se prépare ce qu’il sera en 2100. Selon la façon dont nous agirons, nos enfants et petits enfants habiteront un monde vivable ou traverseront un enfer en nous haïssant. Pour leur laisser une planète fréquentable, il nous faut prendre la peine de penser l’avenir, de comprendre d’où il vient et comment agir sur lui. C’est possible: l’histoire obéit à des lois qui permettent de la prévoir et de l’orienter. »


Et la france?

a) Préambule.

carte de la pollution lumineuse
Comment se situe-t-elle dans la neuvième forme de l'Ordre marchand? Comment se prépare-t-elle à la nouvelle phase de l'Empire américain, au polyordre, à l'hypersurveillance, à l'hyperempire, aux menaces de l'hyperconflit? Disparaîtra-t-elle dans l'une des trois vagues de l'avenir? Pourrait-t-elle se poster, une fois de plus à l'avant-garde des libertés et de l'hyperdémocratie? Saura-t-elle survivre et trouver sa place dans une démocratie planétaire enfin apaisée?

La France va mal. Son économie est incertaine, sa cohésion sociale menacée, ses finances en danger, son influence internationale affaiblie.


Pourtant, les gouvernants proposeront des dépenses en plus et des impôts en moins, tout en promettant un maintien durable de la croissance et la fin du chômage et...la rupture avec le passé, mais il y a toujours tant de raisons de ne rien faire. Jusqu'à ce que l'avenir, s'exprimant par la voix du marché et de la démocratie , se venge en portant le masque de la Banque centrale européenne, de la commission de Bruxelles, de manifestations monstres ou d'un vote massif en faveur des extrêmes. 
Si tel était le destin à venir, le déclin aurait alors vraiment commencé: dans ce monde de plus en plus rapide, dynamique, nomade, basculant dans l'ordre polycentrique, la France basculerait du "milieu" vers la "périphérie". Puis elle disparaîtrait dans l'épanouissement de l'hyperempire et les grondements de l'hyperconflit. Il serait alors trop tard de se demander comment on est arrivé là. Pourtant on pourrait tirer les leçons de ce qui précède, comprendre comment les années à venir détermineront les 50 suivantes, et se redonner des marges de manoeuvre...

b) Une brève histoire de l'avenir français. 

Louis XIV en majesté.
Plusieurs fois la France aurait pu devenir le "Coeur de l'ordre marchand": aux XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles. Elle ne l'est jamais devenu pour au moins trois raisons.                                                     
1) Elle a privilégié la défense de l'agriculture, des industries alimentaires, de la rente foncière et des intérêts bureaucratiques qui y sont liés, au détriment du profit, de la mobilité, de l'innovation et des technologies du mouvement. Elle a vécu dans la nostalgie d'un passé magnifié, révérant le pouvoir, dans la peur du peuple et le respect des classes bureaucratiques.Aujourd'hui encore, des milliards sont consacrés à l'agriculture, aux industries dépassées et aux services, on considère le patrimoine foncier comme noble, et la fortune industrielle suspecte. 
2) Elle a négligé de constituer une force navale, une marine militaire et commerciale. Un port en Normandie ou en Bretagne, avec son arrière-pays agricole et industriel le long de la Seine jusqu'à Paris, aurait pu en faire le "coeur" de l'Atlantique. De plus, la France, pays sédentaire, ne s'est jamais préparée au retour du nomadisme. 
3) Elle n'a jamais réussi à former, susciter ni accueillir une "classe créative": marins, ingénieurs, chercheurs, entrepreneurs, marchands, industriels, scientifiques, financiers, créateurs d'entreprises; Elle a eu seulement des théoriciens, des artistes commandités par le pouvoir, des administrateurs, chargés de synthétiser et d'administrer, mais surtout pas de prendre des risques: Philippe le Bel, Richelieu, Mazarin, Colbert, Napoléon, Poincaré, Pinay et tant d'autres après eux, marquent les bornes de notre fausse gloire et l'entêtement dans ces choix, alors 
qu'on les savait dépassés à Bruges ou à Gênes au XIIIe siècle. En fait, elle n'a jamais su souscrire aux lois de l'avenir. 
L'avenir de la France en dépendra désormais. Saura-t-elle se plier à ces lois et suivre les règles du succès: se créer un environnement relationnel, susciter le désir d'un destin commun, favoriser la création plus libre, bâtir un grand port et une grand place financière, former équitablement les citoyens aux savoirs nouveaux, maîtriser les technologies de l'avenir, élaborer une géopolitique et construire les alliances nécessaires? 


Elle peut encore le faire, elle a des atouts. C'est encore une grande puissance: avec 1% de la population, elle a 3% du PIB mondial, elle est la première destination touristique, le deuxième fournisseur de services, le deuxième exportateur de produits agricoles et agro-alimentaires et d'accueil aux investissements étrangers, la quatrième puissance commerciale du monde, le cinquième producteur industriel (elle a l'une des meilleures productivité horaire) et elle a une autonomie énergétique unique grâce au nucléaire. Ses meilleurs équipements routiers,  aéroportuaires, hospitaliers et de télécommunication comptent parmi les plus performants. Elle a le meilleur système de Sécurité sociale et l'un des droits du travail les plus protecteurs et pas un étranger n'est exclu de l'école. Des entreprises sont parmi les premières mondiales et dans des secteurs clé de l'avenir: nucléaire, pétrole, gaz, aéronautique, pharmacie, assurance, traitement de l'eau, agro-alimentaire, esthétique, luxe, tourisme. La qualité de vie est exceptionnelle, les ONG sont parmi les plus influentes, la langue française reste (géopolitiquement) la deuxième du monde (51 états dont 29 pays, contre 59 états et 50 pays pour l'anglais, l'ont comme langue officielle).
Et pourtant le déclin est là. La France travaille moins que les autres, (27 millions d'actifs/65 millions d'habitants), la durée du travail est la plus basse (les Japonais travaillent 13 semaines de plus que les Français), la productivité globale du travail baisse depuis 2000. Depuis 2000, la France a perdu près d'un point de la part du marché mondial. La quasi-totalité des grandes entreprises récemment privatisées, de l'industrie à l'assurance, ont disparu ou ont été vendues à l'étranger. La France ne produit presque aucun objet nomade et se prépare peu à l'hypersurveillance. Beaucoup d'entreprises se délocalisent (elles n'ont pas su compenser les handicaps par une supériorité en termes d'innovation ou de qualité), créant du chômage et pesant sur les salaires. La pression sur les prix imposée par les consommateurs, nuit aux travailleurs. Le déficit commercial connait un record jamais atteint. Malgré des grandes écoles ou universités qui font encore illusion, seulement 12% de la population possède un diplôme d'enseignement supérieur (même la Hongrie et et la Corée du Sud font mieux). La rente reste loi, le parcours est déterminé par la formation initiale et le milieu d'origine. La dépense par étudiant reste très basse, la France a peur de ses universités, surtout depuis 1968 (dans un classement par les Chinois, la première université française est 48ème). Les faiblesses de la classe créative commencent à être inquiétantes, surtout parmi les chercheurs, dont trop peu travaillent sur les sujets d'avenir: nanotechnologies, nouveaux matériaux, infrastructure numérique, technologies écologiques. Les Français déposent deux fois moins de brevets que les Allemands ou les Suédois.
Par ailleurs, la France a le taux d'emploi le plus bas du monde et la croissance y crée très peu d'emplois et les activités développées sont peu productives. Le taux de chômage ne descend pas en dessous de la barre des 7%, statistique officielle, mais le nombre réel serait en fait le double. Plus de la moitié des salariés n'atteignent la retraite qu'après une période de préretraite, de chômage ou d'invalidité. Un jeune de moins de 25 ans sur quatre est au chômage. La société française est particulièrement inégalitaire. Les grandes fortunes y sont de plus en plus immenses ), mais la classe moyenne n'est plus le point de départ de la promotion sociale, 3,5 millions de personnes vivent en-dessous de la moitié du revenu moyen, dont 1 million ont un emploi précaire et plus de million vivent du RMI et de plus en plus concentrés dans des quartiers particuliers.  
Cependant, la rente est partout: dans les fortunes foncières, dans le marché de l'immobilier, dans le recrutement des élites, dans la taille de l'état (+ 1 million de fonctionnaires en 20 ans). Les dépenses publiques et la dette augmentent beaucoup plus vite que la production, le déficit budgétaire se maintient. La dette publique, 35% du PIB en 1991, est passée à 58% en 2002, 67% en 2006. Chaque citoyen commence sa vie avec une dette personnelle de 20 000 €., le double si on tient compte des engagements hors bilan, telles les retraites que l'état et les collectivités locales devront verser à leurs anciens collaborateurs. 
L'avion rafale
Cette faiblesse économique pèse sur la politique sociale et culturelle qui manque de moyens, sur la défense et la politique étrangère. Elle avait tout misé sur la dissuasion nucléaire et sur la construction de l'Europe pour édifier une démocratie de marché continentale. Aujourd'hui, il n'y a plus l'Union Soviétique et la construction de l'Europe est durablement enlisée. Elle n'a pas choisi comment se situer entre des Etats-Unis crispés, Une Méditerranée dangereuse, Une Chine et une Inde de plus en plus compétitives, Une Afrique misérable, une économie criminelle florissante et des entités pirates de plus en plus nombreuses et agressives. Et le français est une langue maternelle uniquement dans quelques pays. Ainsi, au moment où s'annonce l'éventualité d'un déclin américain, le déclin français, lui, a bel et bien commencé.


c) Le déclin français.


La croissance mondiale dépasse les 4%, celle de la France a du mal à atteindre les 2%. En 1980, elle était la 4ème puissance mondiale en PIB et la 8ème en PIB/habitant, est aujourd'hui la 6ème en PIB et la 19ème en PIB par habitant. Dix-neuvième!
Selon la tendance actuelle, elle comptera 70 millions d'habitants en 2050. Sa population sera de plus en plus concentrée sur l'axe Paris-Lyon-Marseille. L'axe du sud, Toulouse-Montpellier attirera un grand nombre d'étrangers. Les villes moyennes croîtront particulièrement vite. 
Dans 10 ans, alors que l'Empire américain sera à son apogée, le niveau de vie des Français ne sera plus au 60% de celui des Américains et en passe d'être dépassé par celui d'un grand nombre des Onze. Il ne sera plus alors possible au pouvoir politique de faire croire à l'abondance , surtout avec un plus fort endettement.
Le vieillissement de l'humanité aura aussi en France des conséquences majeures sur le niveau de vie, surtout si on continue à y travailler aussi peu qu'aujourd'hui. Un actif sur 4 aura plus de 50 ans (1/5 aujourd'hui), les plus de 60 ans seront près de 25 millions (12,6 millions aujourd'hui). Il y aura un cotisant pour un retraité, contre quatre dans les années 80 et quinze en 1945. Pour les financer, il faudra soit retarder considérablement l'âge de la retraite, soit doubler l'impôt sur le revenu d'ici 2020. soit doubler la TVA d'ici 2040, soit intégrer 500 000 étrangers par an ou espérer que la natalité redémarre.  Les actifs d'alors renverront les retraités du moment,(travailleurs aujourd'hui), à leur responsabilités  en refusant de financer des retraites qu'ils n'auront pas préparées (premières victimes d'un déclin qu'ils n'auront su éviter). Ils ne seront pas les seuls: les contribuables le seront aussi si rien n'est fait pour réduire le déficit budgétaire et enrayer le vieillissement de la population.  Les hypernomades seront de plus en plus fuyants et les nomades virtuels de plus en plus pauvres. 


d) Demain la crise.


L'Ordre marchand agira bientôt et précipitera le phénomène. Les agences de notation assureront la gouvernance, analysant ces prévisions et dégraderont la côte de la France qui devra rémunérer plus cher ses emprunts sur le marché financier (+1% sur les taux d'intérêts se traduira par +8 milliards d'€ de la charge de la dette et par une hausse équivalente des impôts). L'Union européenne et la Banque centrale exigeront de la France qu'elle réduise ses dépenses publiques et ses prestations sociales et qu'elle brade ses actifs. Les effets seront alors cumulatifs: aggravation du chômage, baisse du niveau de vie, départ des élites et donc aggravation réciproque des causes. La déconstruction des nations aura commencé, et en France plus tôt qu'ailleurs.  Les trois vagues de l'avenir entreront en collision et nos institutions n'y résisteront pas si la France n'agit pas avant. 




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 Selon J. Attali, il faut, dès maintenant les tirer les conclusions de cette histoire de l'avenir,  de ses ressorts, de ses menaces et de ses potentialités, afin d'éviter le désastre par la mise en oeuvre d'un programme nécessaire. 


*Rendre à l'avenir ce qu'on lui a pris, avoir le courage de faire le bilan de ce que notre génération laissera aux suivantes et de leur redonner des marges de manoeuvre. 


*Permettre au pays de tirer le meilleur de l'avenir, par des réformes s'organisant dans sept directions:

  1. Promouvoir les technologies de l'avenir, avec une recherche universitaire et industrielle dotée des moyens nécessaires. 
  2. Créer une société équitable:Organiser  une mobilité équitable du travail et un véritable statut rémunéré des chercheurs d'emploi, réformer profondément les services publics et leur faire servir en priorité les plus démunis, retarder l'âge de la retraite, tenir compte de l'espérance de vie dans le calcul des cotisations et des pensions, accepter l'entrée sur le territoire de centaines de milliers d'étrangers et réussir leur intégration et mettre en oeuvre une discrimination positive, faire du logement social une priorité.
  3.  Renforcer l'efficacité du marché: mettre le pays en situation d'ubiquité nomade avec les réseaux de communication adéquats, combattre ce qui peut réduire la mobilité (drogues, alcool, obésité), promouvoir le goût du travail, de la concurrence, de l'effort, de la curiosité, de la mobilité, de la liberté, l'aspiration au changement, au neuf, favoriser les nouvelles entreprises, réduire la fiscalité du capital et de l'épargne et inciter à faire fortune par son travail, favoriser la concurrence dans les services, réduire les barrières à l'entrée de nombreuses professions, mettre en place des systèmes de veille technologique et et attirer les investissements étrangers, réduire et simplifier les structures administratives. 
  4. Favoriser les industries du mieux-être.
  5. Créer, attirer et retenir une classe créative. 
  6. Renforcer les moyens de l'influence et de la souveraineté: promotion et défense de la langue française, doter l'armée de moyens de surveillance et d'intervention rapide, cibler l'aide au développement sur les pays qui cherchent à se doter d'institutions démocratiques, définir une politique claire de développement de l'Europe de l'Est et de la méditerranée, dont dépendra la sécurité de la France, Aller ver la limitation des transports individuels et une gestion rationnelle de l'eau, de l'énergie, des déchets,  et des ressources de la mer.
  7. Faire naître l'hyperdémocratie. 
Avenir d'amour

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